Le site des bébés nageurs
à la piscine de Saint Chamond

Mignone, allons voir si la rose…

0 Posté le vendredi 28 octobre dans La vie du BB-Plouf

Eloïse a bientôt trois ans. Il y a bien longtemps qu’elle connaît toutes les astuces de la piscine. La frite, très pratique pour flotter et se promener, ou bien les brassards, agréables pour rester à la surface. Le ponceau et le tunnel, les toboggans, pour faire des acrobaties.

Sans compter tous les jouets.. Si elle se promène allègrement dans tout cet environnement, accompagnée de loin ou de près par ses parents, si elle donne l’impression d’être à l’aise, une question peut-être une inquiétude taraude son papa:  » Quand est-ce qu’on lui apprend à nager? » se demande- t -il et demande-t-il à un animateur. Dans quelques mois, vers 4 ou 5 ans mais d’ici là, il faudra sans doute être patient. Mécaniquement, les coordinations sont très complexes pour un enfant de trois ans: on peut certes se déplacer dans ou sous l’eau mais peu de temps, et le corps a du mal à tenir la tête hors de l’eau, poussée d’Archimède oblige. Et puis a-t-on vraiment envie de nager comme un grand sur de longues distances? Alors, Eloïse donnerait-elle l’impression de ne plus progresser au point que son papa s’en inquiète et considère qu’il faille passer à l’étape suivante; Désir de parents ou motivation d’enfant?

 

Attendre que cela mûrisse:

Eloïse semble se satisfaire de ses découvertes et expériences actuelles, ce moment où elle stabilise des acquis sur lesquels viendront se greffer ses prochains jeux, source de nouveaux apprentissages. Une sorte de pause  ou de point d’équilibre où l’on profite de la vie. Et c’est sans doute là que réside la difficulté pour ce jeune papa. Rien de spectaculaire signifierait-elle absence d’apprentissage ou, à l’inverse, période de latence, de stabilisation ou d’imprégnation? tranquillement, Eloïse continue d’engranger les expériences motrices, à l’image des petites palmes qui parfois lui permettent d’avancer plus vite, ou de la glissade dans une coquille pour surfer sur l’eau. L’apprentissage des fameux mouvements qui permettent de nager viendra sans doute un jour avec l’envie d’aller plus loin seule, ou bien avant ses parents.

On apprend rarement pour apprendre, ou pour faire seulement plaisir à quelqu’un, fût-ce à son papa! En revanche on apprend d’autant plus quand cela a un sens, ou un but personnel. Et là toutes les expériences motrices antérieures reprennent du service sans que l’on puisse précisément dire laquelle a été déterminante pour enfin savoir nager et se déplacer seule en toute sécurité! Voilà toute l’humilité des apprentissages, et de leurs mystères. Il lui faut aussi attendre patiemment que cela mûrisse.

un peu comme ces racines que l’on arrose, pour voir quelques temps après, fleurir les roses… Quelques temps plus tard.. justement Eloïse, qui vient d’avoir cinq ans, souhaite essayer une ceinture de flotteurs; Avec douceur, nous lui expliquons qu’à cinq ans, il faut utiliser le modèle… des cinq ans! C’st à dire un modèle qui ressemble à celui des grands enfants, mais qui ne comporte pas autant de flotteurs. Avec application, elle acceptera de porter une ceinture avec seulement deux flotteurs, placés judicieusement sur ses hanches. deux petits flotteurs qui lui permettront de se déplacer avec le menton au raz de l’eau sur une distance…incroyablement longue pour elle, tout en respirant quand elle veut. Eloïse passera ainsi le reste de sa séance à nager, des marches jusqu’au ponceau puis du ponceau vers le rocher, du rocher au bord; Elle s’amusera aussi à plonger la tête sous l’eau, expérience vouée à un semi-échec en raison des flotteurs, mais tellement amusante, puisqu’on peut jouer au sous-marin.

 

L’aide aux apprentissages:

Au bout du compte, Eloïse aura appris à jouer en sécurité sous l’oeil de son papa dans les trois dimensions, mais surtout, grâce à l’expérimentation d’un nouveau matériel judicieusement proportionné à sa morphologie, elle aura pu investir bien des acquis antérieurs.

Dans le même temps, son papa, futur animateur aura compris en quelques minutes combien cette aide aux apprentissages pouvait se révéler précieuse; En effet Eloïse, dont les proportions corporelles sont celles d’un enfant de cinq ans, ne peut maintenir, par la seule force de ses mouvements, se tête hors de l’eau très longtemps. La poussée d’Archimède provoquée par le volume immergé de son corps, alliée à ses mouvements, n’y suffit pas. Le matériel judicieusement proportionné permet de dépasser cet obstacle. Dans ce cas, les progrès des apprentissages passent par « l’incorporation » de nouveaux matériels. et la stabilisation de ces mêmes apprentissages? Maman étant absente ce jour- là, il fallut tout recommencer la semaine suivante, ou plus exactement réitérer l’exploit, dont on avait tant parlé de retour à la maison! Une maman bouleversée et radieuse, elle aussi, comme l’avait été le papa d’Eloïse une semaine plutôt.

Quelques mois auparavant ces deux parents avaient dû se faire une aison, face à une impatience prématurée. Aujourd’hui ils laissaient parler leur couer, avec raison, un coeur qui a ses raisons et aux quelles la raison finit bien par adhérer.

 

Bernard HOARAU